Ces dernières années, la recherche et les pratiques visant à prévenir et à résoudre le harcèlement scolaire se sont multipliées, allant de l’application de la justice réparatrice à l’enseignement de l’intelligence émotionnelle et la résolution de conflits aux enfants.Certes, ces actions contribuent à réduire le phénomène, mais elles ne peuvent remplacer un mécanisme de régulation systémique qui favorise une union démocratique, aussi bien sur le plan scolaire que social, en prévenant et traitant le problème de manière profonde et durable. L’objectif et les fonctionnements de ce mécanisme seront développés et explicités dans le présent article.
Comprendre les causes du harcèlement
En ce qui concerne les causes du harcèlement, pratiquement tout peut être un facteur déclencheur. Des caractéristiques communes, comme la race, le genre, la religion, aux traits individuels, tels que l’apparence physique, la taille, le style vestimentaire, l’accent ou encore le mode de vie, chacune de ces particularités peut désigner la victime comme un «problème» par les harceleurs. Au fond, le harcèlement découle essentiellement d’un manque de tolérance envers la différence. Lorsque le harcèlement individuel évolue pour devenir un phénomène de groupe, il prend une dimension d’alignement politique.
Les meneurs dans un groupe de harcèlement jouissent généralement d’un pouvoir social au sein de celui-ci, qui peut découler soit de leur apparence, de leur statut, de leur popularité, ou d’autres facteurs avantageux. Pendant que les autres élèves du groupe ressentent souvent le besoin de plaire à ces meneurs à travers des actes de harcèlement pour prouver leur loyauté. Les témoins, quant à eux, s’abstiennent d’aider la victime pour éviter de devenir eux-mêmes des cibles. En un mot, le harcèlement est essentiellement un déséquilibre des rapports de force. Dans cette optique, un moyen très efficace pour sortir les victimes de ce cercle vicieux est de mettre en place un pouvoir démocratique externe afin de rééquilibrer le rapport de force entre victimes et harceleurs.

Combattre le harcèlement scolaire par une approche démocratique
Le but est d’introduire et d’exercer le pouvoir de la démocratie de manière rationnelle et raisonnable. Au cours des dernières décennies, nous avons constaté la force de l’union démocratique dans diverses campagnes contre l’injustice et l’inégalité. Il est juste de dire que les vastes alliances politiques et les efforts démocratiques collectifs sont essentiels pour réduire les phénomènes d’injustices et contrer la violence. Il en va de même pour le harcèlement scolaire. Avec une prise de conscience accrue du problème, la population sera davantage sensibilisée à la question et plus encline à prendre des mesures pour aider les victimes.
Pendant que la lutte démocratique met l’accent sur la sensibilisation, la réduction de la discrimination et de la violence, la vengeance personnelle quant à elle peut mener à des comportements extrêmes et causer d’autres problèmes psychologiques aux victimes. Nous voulons éviter ces conséquences regrettables et s’assurer que les élèves grandissent dans un environnement favorable. Par conséquent, les écoles devraient offrir à ces derniers un moyen sûr, inclusif, positif et constructif de lutter contre le harcèlement.
Établir un système d’intervention au niveau de l’école, de la communauté et de la société
Les écoles et les communautés doivent collaborer pour établir un vaste mécanisme d’intervention démocratique afin de lutter efficacement contre le harcèlement et transformer ce phénomène en une force qui favorise le progrès de la démocratie sociale. Bien que de nombreuses solutions contre le harcèlement scolaire se concentrent sur la prévention et la médiation, elles négligent pour autant la force de l’union démocratique entre les élèves eux-mêmes, qui est la clé pour résoudre le problème de manière durable.
Tout d’abord, les écoles devraient instaurer un engagement démocratique contre le harcèlement dédié aux groupes d’élèves ou clubs scolaires, en définissant clairement ce qu’est le harcèlement et en les incitant à s’y opposer. Les groupes d’élèves signataires de cet engagement promettent de lutter contre toute forme de violence, de discrimination et de harcèlement, que ce soit au sein ou en dehors de leurs groupes. Si les harcèlements se produisent et que la victime demande de l’aide, les membres du groupe ont la responsabilité d’aider et de soutenir les victimes. En guise de récompense, ces groupes d’élèves signataires bénéficieront d’opportunités ou de recommandations pour une évolution à la fois individuelle et collective. En mobilisant les efforts des groupes d’élèves, les écoles pourront créer un vaste réseau de soutien pour les victimes de harcèlement.
Une fois l’engagement signé, les membres du groupe doivent discuter et élaborer des politiques internes de lutte contre le harcèlement avec l’aide de l’administration scolaire, en vue de cet engagement. Chaque groupe d’élèves dispose de ses propres politiques internes. Pour éviter les abus de pouvoir et garantir la justice, les écoles devraient former un comité composé d’enseignants, de parents, de représentants des élèves et de membres de la communauté pour examiner les politiques de lutte contre le harcèlement et superviser le fonctionnement du système. Des canaux de signalement anonymes devraient être créés pour permettre aux élèves de signaler les incidents sans crainte.
En cas de conflits entre les membres du groupe, les meneurs doivent prendre des mesures positives pour résoudre les conflits et apporter de l’aide aux membres qui subissent du harcèlement. Les victimes extérieures à ces groupes peuvent également demander de l’aide aux membres, qui ont la responsabilité de leur apporter un soutien. Si les meneurs ou les membres favorisent ou protègent l’auteur du harcèlement, ou ferment les yeux sur les comportements du harceleur, leurs récompenses seront annulées et ils seront signalés par l’école.
Un tel système d’intervention encourage pleinement le soutien mutuel entre élèves et fournit une aide structurée aux victimes de harcèlement scolaire. D’autre part, le système intègre les processus démocratiques de la lutte contre les harcèlements. Il permet également aux élèves de s’engager dans des activités civiques et de comprendre l’importance de la démocratie et de l’action collective. Cet engagement peut aider les élèves à développer des compétences vitales, telles que la résolution des conflits, l’empathie et le leadership, qui sont utiles au-delà du milieu scolaire.

Fournir des conseils et un accompagnement pour les harceleurs
L’un des défis majeurs est que les politiques anti-harcèlement pourraient nuire à la réputation des harceleurs et conduire à leur exclusion sociale.
Il est donc crucial que les décideurs politiques se rappellent que le mécanisme anti-harcèlement vise à corriger les comportements et non à punir les individus.
En sensibilisant les élèves aux conséquences du harcèlement, les écoles devraient les encourager à adopter une attitude rationnelle envers les harceleurs, ce qui est essentiel pour que ces derniers puissent réfléchir à leurs comportements et les ajuster. Une fois le problème résolu, tant l’harceleur que la victime devraient bénéficier d’un soutien psychologique et des conseils. Les harceleurs devraient bénéficier de séances de suivi psychologique qui les aident à développer des compétences sociales positives et à se réintégrer dans l’école et la communauté.
En mettant en place un système d’intervention efficace, le phénomène du harcèlement scolaire pourra être considérablement réduit. Ce système, conçu pour lutter durablement contre le harcèlement, met l’accent sur les valeurs démocratiques et l’engagement civique, favorisant ainsi une culture scolaire plus inclusive, solidaire et responsable. Si il est adopté à l’échelle régionale, provinciale et même au niveau national, cela pourrait créer un vaste réseau de prévention, s’étendant jusqu’aux communautés et à l’ensemble de la société.